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C'est le 22 mai 1818 que
la première Caisse d'Epargne
est créée à Paris à l'initiative du baron Benjamin Delessert et
du duc
François de La Rochefoucauld-Liancourt, des philanthropes
empreints d'humanisme et désireux de consolider l'ordre social et
politique libéral naissant. Cette nouvelle institution a pour
objectif d'apporter au plus grand nombre les moyens de bien utiliser
son argent et aussi les bienfaits de l'épargne dans une période
marquée par des conditions économiques et sociales difficiles pour
une grande partie de la population. "Tâchons de faire comprendre
au peuple les bienfaits, on peut presque dire les miracles, de
l'économie" B. Delessert. Le livret, support simple et
facile à utiliser dans une optique très pédagogique, va concrétiser
l'acte d'épargne en conservant la trace des versements et intérêts
perçus. Après la Caisse d'Epargne de Paris, de nouvelles Caisses
vont être créées progressivement. En 1829, les Caisses d'Epargne sont
autorisées à déposer leurs fonds sur un compte courant ouvert au
Trésor Royal qui assure, en contrepartie, le versement d'un intérêt
fixe. La loi de 1835 reconnaît les
Caisses d'Epargne comme des établissements privés d'utilité
publique. Dès 1837, la gestion de leurs fonds est transférée
à la Caisse des Dépôts, ce qui deviendra complètement obligatoire en
1852. Ainsi, les Caisses d'Epargne sont déchargées de la
responsabilité de la gestion des fonds et la confiance des
épargnants se trouve renforcée, entraînant une augmentation
importante du nombre de Caisses
d'Epargne : entre 1834 et 1839, 257 Caisses sont créées,
portant leur nombre total à 284
.
Durant la deuxième
partie du XIXème siècle, une querelle sur l'emploi des fonds des
Caisses d'Epargne va opposer deux courants, l'un, modéré mais
réformateur, est favorable à ce que la Caisse des dépôts conserve la
gestion des fonds et, l'autre, radical, souhaite un retour à
l'autonomie des Caisses d'Epargne. La loi du 20 juillet 1895 va clore
ce débat en réaffirmant que
le principe de l'emploi des
fonds est celui des fonds d'Etat. Elle institue également,
par mesure de sécurité supplémentaire, la constitution d'un fonds de réserve dans chaque Caisse
d'Epargne, appelé "fortune personnelle", en plus du fonds de
réserve et de garantie commun à toutes les Caisses géré par la
Caisse des dépôts, qui reçoit l'excédent des revenus du portefeuille
des fonds d'épargne pour couvrir d'éventuelles moins-values. La
fortune personnelle, constituée de dons, legs et subventions, est
augmentée chaque année de la différence ("boni") entre les intérêts
servis par la Caisse des dépôts aux Caisses sur les fonds
centralisés et le montant de ceux reversés aux déposants. Les
emplois autorisés pour la fortune personnelle sont strictement
définis par la loi, mais elle va
permettre aux Caisses d'Epargne de remplir leurs premières missions
d'intérêt général : financement de logements à bon marché, de jardins ouvriers,puis de bains-douches. En plus,
les Caisses vont soutenir localement, au fil du temps, un nombre
grandissant d'uvres de solidarité
nationale, de prévoyance, d'hygiène sociale, d'assistance ou de
bienfaisance
qui les feront reconnaître comme des acteurs de
proximité irremplaçables.
Après la seconde guerre mondiale et plus
particulièrement avec la reconstruction de la France, les Caisses
d'Epargne sont conduites à élargir leur champ d'activité
traditionnel du fait de l'évolution de leur environnement. En 1950, la loi Minjoz autorise les
Caisses d'Epargne à octroyer des prêts bonifiés aux collectivités et
organismes publics sur une partie des sommes qu'elles
collectent sur le livret. Ceci, à l'instar des Caisses d'Alsace et
de Lorraine, qui les distribuent depuis le début du siècle
conformément à la législation allemande, qui les a régi de 1870 à
1918 et de 1940 à 1945. Ainsi, l'épargne locale peut contribuer au
financement local. A partir de 1972, les Caisses d'Epargne
ont la possibilité de consentir des prêts en dehors des
strictes règles d'attribution, définies initialement, pour un
montant égal à 10% du contingent Minjoz global, c'est le contingent
libre. Elles sont alors sollicitées par les municipalités pour
financer des équipements collectifs. Ce dispositif de soutien à
l'équipement collectif et au développement local disparaîtra à la
fin des années 1980. |